lundi 8 avril 2013

Courage, fuyons …


Najat Vallaud-Belkacem aurait-elle perdu son sourire en fuyant face aux manifestants anti-mariage gay venus l'attendre sur le quai de la gare de Rennes ?

Alors que les organisateurs de la « Manif pour tous », ignorés et méprisés par le gouvernement, variantent leurs modes d’actions contestataires, il me paraît utile de mettre ces derniers en parallèle avec des précédentes manifestations et de se pencher sur la stratégie à consolider.

Afin de ne pas alourdir le débat, il ne sera pas fait mention de l’attitude de notre nouveau chef de bataille autoproclamé car elle est inexistante. Du haut de son Mordor élyséen, nul besoin au monarque sous influence des lobbies ultra-minoritaires de discourir sur des sujets aussi si peu sensibles …

Donc, intéressons-nous dans ce petit billet d’humeur à cette nouvelle guérilla ou petite guerre mise en œuvre par les résistants au mariage pour tous. En référence à son Manifeste de 1812, Clausewitz ne les renierait pas.

Sur le plan historique, notre brillante Delphine Batho, dont les études dans ce domaine à Jussieu ont été si précocement raccourcies pour cause de militantisme aggravé, pourrait sans aucun doute nous apporter de réels éclaircissements méthodologiques sous un prisme très révolutionnaire.

En effet, n’était-elle pas présente avec conviction lors des manifestations lycéennes de 1986 (elle a 13 ans  …) ou de 1990 avec la FIDL ? Avec succès semble-t-il puisque ce fut un très bon marche pied vers un maroquin ministériel à l’identique de son ami Bruno Juillard dont les destinées furent plutôt municipales. Mais il est vrai que les revendications des étudiants sont incontestables car tellement réfléchies et toujours apolitiques …

A l’époque, en complément de manifestations de rue parfois très violentes comme lors de celles du CPE en 2005, leur guérilla s’est inscrite essentiellement dans le champ médiatique. Présents partout avec des mots simples et une rhétorique efficace et attirant d’emblée la sympathie de l’homme de la rue par la candeur déployée. En quelque sorte, le combat des pauvres contre les puissants.

On pilote ce qu’on connaît bien, surtout lorsque l’appareil médiatique du parti socialiste se met entièrement au service de votre action. Bien sûr, sans arrière-pensée politique, cela va de soi.

C’est bien là la grande différence avec la situation des manifestants contre le mariage gay aujourd’hui.

Très peu de médias ne leur sont favorables. Un véritable black out de l’information assez inquiétant mais qui commence à se lever doucement si l’on se réfère à de très récents articles sur les blogs de Rue89 et de TechnikArt.

Nos manifestants ne peuvent donc s’appuyer que sur une sympathie populaire grandissante et sensibilisée par des actions ponctuelles fortes interpelant par leur caractère répétitif.

La sympathie populaire est donc un centre de gravité qu’il ne faut jamais ignorer et toujours favoriser. Il est incontestable que c’est l’un des principaux leviers d’action qui emportera la décision. On ne se met pas indéfiniment en travers d’un peuple qui vote, surtout lorsque la situation économique et sociale est catastrophique.

Ainsi, à l’heure où le chef de l’Etat demande à son gouvernement d’aller avec conviction sur le terrain, le fait de battre la campagne et de perturber inlassablement les déplacements de nos ministres ou députés, comme ce fut le cas avec notre si impartiale ministre de la Justice à Lyon, est une stratégie qui peut se révéler payante à moyens termes, surtout si elle s’appuie sur des actions d’ensemble visibles et amplifiées par de puissantes caisses de résonnance.

Le long terme quant à lui pourrait être de faire comprendre au gouvernement qu’en dépit d’une promulgation de la loi suite à son passage au Sénat, les manifestants très déçus et toujours mobilisés pourraient alors occuper d’autres champs revendicatifs et créer alors plus de désordres qu’il n’y aurait de gains à remporter pour le gouvernement avec cette loi pour le mariage.
Une stratégie du faible au fort que le général Poirier aurait apprécié.

Intensifier l’action de guérilla pacifique lors de tous les déplacements officiels, harceler avec correction les responsables politiques sur les réseaux sociaux tout en grignotant inlassablement les médias, afin in fine de remporter la bataille des cœurs auprès de la population. Voilà la clef du succès.

A défaut d’accepter le combat des mots et de lancer le débat dans un référendum national, l’attitude immédiate du gouvernement ne pourra être que dans la fuite à l’image de Najat Vallaud-Belkacem à Rennes il y a quelques jours.

Mais rappelons-nous que la fuite ne paye jamais. Bordeaux n’est pas Londres.

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